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Un gentil petit polar mené d’une plume alerte, plaisant et rapide à lire.

Somb eBook: Monnehay, Max: Amazon.fr
Résumé

Victor Caranne est psychologue en milieu carcéral. Chaque jour il emprunte à moto le long pont qui relie le continent à l’île de Ré pour rejoindre la Citadelle, fortification reconvertie en prison. Chaque jour il écoute des détenus lui confier leurs fantasmes les plus abjects, leurs crimes les plus atroces. Ils n’ont rien à craindre: les menottes de Caranne se nomment secret professionnel. La découverte d’un corps, sur la grève d’une plage proche de sa villa, va soudain bouleverser sa vie. C’est, pour lui, une perte immense. Caranne va devoir replonger dans un passé qu’il faisait tout pour oublier. Et les certitudes qu’il avait sur sa vie vont, une à une, s’effondrer

Mon avis

J’ai d’abord été interpellée par la fraîcheur et la tonicité du style. Max Monnehay possède une puissance évocatrice qui s’incarne dans la description des gestes les plus anodins du quotidien, à la manière de ces photos en noir et blanc dont seuls certains objets conservent leur couleur.

« – C’est quand vous voulez, Doc.
Le « Doc » fut suivi d’un reniflement si puissant que je pus visualiser la trajectoire du mollard à travers la trachée jusque dans l’estomac. »

« Ses yeux étaient toujours aussi vides, comme deux terriers inoccupés, laissés à l’abandon »

J’ai retrouvé à la lecture de Somb le plaisir simple que j’avais ressenti, gamine, à la lecture d’Un cri dans la nuit, de Mary Higgins Clark. Pas d’esbrouffe stylistique ni rhétorique dans Somb, pas d’innovation structurelle, pas de pitch de fou, pas de suspense haletant ni de dénouement de fou. C’est le polar qu’on lit blottie dans un fauteuil, un mug de tisane à portée de main (c’est presque l’hiver chez moi), le genre qu’on lit sans s’arrêter parce qu’on aime bien les personnages, presque tous, qu’on s’intéresse à ce qu’ils vont devenir, pris dans cette tourmente à laquelle on peut s’associer plus facilement qu’à l’idée d’un slasher éventrant toute la famille pendant un mariage. On devine vaguement ce qu’il va se passer, mais c’est si bien narré qu’on se laisse aller à cette paresse, celle d’être prise par la main pour qu’on te raconte une histoire.

Je peux objectiver mon ressenti, évidemment : l’histoire a beau n’être pas compliquée, elle est bien structurée et bien amenée ; les personnages sont bien caractérisés – on n’a pas de mal à les discerner -, amenés lentement les uns après les autres de telle manière qu’on s’y retrouve et qu’on les reconnaisse facilement. Ils ont tous quelque chose qui porte à se soucier de leur avenir, tous, les taulards, le psy et tout son entourage, même le garde du corps. Le héros évolue au fil des pages et on peut suivre cette transformation. Il y a un thème central à ce roman, l’amitié, traité de plusieurs manières différentes.

Ce que j’ai moins aimé ne tient pas beaucoup de place. Quelques incohérences, quelques invraisemblances, qui ne tiennent pas beaucoup de place dans l’histoire. Une impression de superficialité, peut-être parce que c’est un roman court, et qu’il y a énormément de personnages, ce qui ne laisse guère le loisir de creuser les relations ou la psychologie des uns ou des autres. Mais encore une fois, si tu l’abordes comme un polar distrayant, ce n’est pas un problème.

Somb est un polar extrêmement plaisant, d’une qualité générale plutôt rare dans le paysage francophone du roman policier. Je comparerais volontiers à La vérité sur l’affaire Henry Québert, bien qu’il n’en possède pas la densité (une chance pour ceux qui ont trouvé le roman de Dickers trop long ?). L’auteur a bien intégré les codes du roman policier et montre de solides compétences de romancière. Il lui manque sans doute encore la nervosité et le tranchant qui fait les grands romans romans policiers, et peut-être un peu de souffle.

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