Slide1 SORTIE LE 20 OCTOBRE 2020 VENA AMORIS Déjà en précommande Une grange isolée en Brière, une jeune femme gisant dans son sang.
Et Céleste en garde à vue.
Slide2 La première enquête de Céleste Ibar SPECIAL K. En savoir + Une nouvelle héroine, moderne et acérée.
Une enquête tortueuse, un livre qu'on ne lâche pas.
UN COUP D’ŒIL DANS MON UNIVERS D’ÉCRIVAIN

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J’avance sur une route que d’autres ont déjà pavée pour moi et y apportant mes propres pierres.

Bienvenue dans ma tête (une partie en tous cas)

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« Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit« , écrivait Duras. Mes polars traitent de sujets de société en toile de fond, même s’il s’agit toujours de trouver un meurtrier et son mobile.

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Réflexions sur un monde mouvant.

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Mes chroniques, jamais complaisantes, mais toujours sincères

UN COUP D’ŒIL DANS MON UNIVERS D’ÉCRIVAIN

Un peu de moi

« Un premier roman époustouflant et une autrice plus que prometteuse qui joue déjà dans la cour des grands ».

celine 470x370 2

« Des émotions vraies, des personnages denses, des intrigues millimétrées, mon travail vise à extraire de la gangue du quotidien ce qui faire de l’humain un animal complexe, changeant et bouleversant. »

Je suis née à Nantes il y a 47 ans. Bourlingueuse dans l’âme, j’ai vécu aux Pays Bas, en Allemagne, en Suisse, en Bretagne, en Provence et maintenant en Australie où je réside avec mon mari et mes 3 enfants.

Signature CdR
SPECIAL K

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Au début, ça résiste. On a l’impression que ça va céder, et puis non.

Il faut forcer un peu, pousser, attendre, recommencer jusqu’à ce que ça s’écarte. Si on force trop, ça crève.

Concentre-toi. Concentre-toi.

L’importance de ma mission me serre la gorge. Mon cœur tape si fort que mes mains tremblent. Est-ce que je vais être à la hauteur ?

Je respire à fond, je renforce ma prise. J’entends les grillons chanter. Des odeurs d’herbe coupée me parviennent par vagues. Les basses d’une musique sourde se répercutent dans le sol et les murs jusqu’à moi. Je pense à ma mère (« Aie confiance en toi »), je pense à mon prêtre (« Dieu n’envoie que des épreuves qu’on peut surmonter »).

Je peux le faire, je peux y arriver.

Contempler la lune m’aurait donné du courage, mais c’est apparemment peine perdue. Je profite de sa lumière et c’est déjà ça.

On compte sur moi. Je ne peux pas faillir. En continuant à pousser, je réussis à m’introduire complètement. C’est étroit. J’ai à peine la place de bouger. Je m’arrête un instant. J’entends des cris. Des bruits de pas. Je dois me dépêcher. Dieu est au bout du chemin. Je respire un grand coup et je reprends le pilonnage.

La charge de l’épreuve aurait pu m’assommer ou m’écraser, mais je me rends compte à ma grande surprise qu’elle me grandit, qu’elle me donne de la force. Je trouve mon rythme. Suffisamment soutenu pour parvenir à mes fins et suffisamment contrôlé pour être durable. J’ai été prévenu. Ce sera difficile et je devrai contrôler mes nerfs. Rester focalisé sur ma mission. Ne pas me laisser détourner par mes sensations. Trop de choses en dépendent.

Les cris se rapprochent. Je ferme mon esprit à tout ce qu’ils évoquent. J’augmente la cadence. Mes muscles sont chauds. Ils pourront la supporter. Je suis galvanisé par la grandeur de mon objectif. Je continue mon travail de pilonnage aussi méticuleux que puissant. J’ai très peu d’espace. Je commence à haleter. De la sueur coule dans mon dos. Ça doit s’ouvrir en deux. Il faut trouver le point exact et marteler sans cesse jusqu’à ce qu’une fissure apparaisse.

J’ai avec moi une batte de base-ball qui m’aidera à ouvrir la fissure une fois formée. Elle est à portée de main. Son bois luit à la lueur de la lune pendant que je m’active. « Donnez-moi un levier et je soulèverai le monde ». Qui avait prononcé cette phrase ? Un instant déconcentré, je perds l’équilibre et tombe en avant. Je tombe sur les mains, mon menton cogne. Mes dents coupent ma langue. Un goût de sang m’envahit la bouche. Le mien. Je crache. Un mouvement brusque me projette en arrière, cette fois, et je perds l’équilibre. Ça se réveille. Je me cramponne où je peux pour ne pas tomber. Je m’agrippe aux cheveux, me retiens à une hanche. Une vague brûlante m’inonde. M’aveugle. Je martèle plus fort. Un, deux, un, deux, un, deux. Le rythme du pas accéléré de nos marches sur les landes bretonnes s’impose naturellement et me guide.

— Continue, continue. Il faut que tu y arrives.

Une force guide mes mouvements, comme une urgence qui me pousse à accélérer. C’est Lui qui me guide. Je résiste de toutes mes forces à mon humanité. Je pense à mes serments, je pense à l’uniforme dont ma mère est si fière, je pense à Dieu, je pense à la France. Mon sacrifice ne sera pas vain. Je fais cela pour eux tous. Je n’ai plus de mal à m’introduire par l’ouverture maintenant. Je vais bientôt atteindre le point de création de la fissure. Encore un dernier coup, encore un. Depuis combien de temps est-ce que je me trouve comme ça, à percer le corps du diable de mon piolet triomphant ? Je ne saurais le dire. Au moment précis où je sens que je ne vais pas pouvoir m’empêcher de souiller cette ouverture, la fissure apparaît. Je saute à bas du lit et j’empoigne la batte. C’est gros et encore plus difficile à introduire, mais c’était la seule solution pour ouvrir le diable en deux. Les instructions me résonnent aux oreilles comme un scintillement : « Pilonne jusqu’à ce qu’une fissure apparaisse, ouvre la fissure, sans prendre garde au sang, et extrais la Bête ». Je continue de pousser pour ouvrir la fissure. Cette fois-ci, il faut que ça cède. Je pousse, je force.

Et puis plusieurs choses arrivent en même temps.

D’abord, ça rentre. Comme ça, d’un coup. Puis j’entends un cri fort, intense. Quelque chose de chaud coule sur mes doigts, du sang ? Je retire la batte, qui tombe sur le sol avec un bruit mat. Une porte rebondit contre un mur avec un claquement. Un bruit sourd, un cri étouffé. Des bras qui m’enserrent, qui me tirent vers l’arrière. Des paroles indistinctes. Personne ne m’a parlé d’alliés du Diable qui m’empêcheraient de mener à bien ma mission. J’aurai pris la précaution de fermer la porte à clé si j’avais su ça.

La pression des bras s’est faite plus forte.

— Tu t’en occupes ?

Murmure à peine audible. Je ne reconnais pas la voix.

— Oui, je m’en occupe, libère-moi, dis-je sur le même ton à mon interlocuteur.

Il ne me libère pas. Au contraire, il me fait pivoter vers la porte-fenêtre ouverte sur la terrasse et me fait sortir. Le choc thermique me fait bondir hors de mon corps, devenir spectateur de mon enlèvement.

La brise du soir m’effleure, je frissonne. Je suis à demi nu, mon pantalon baissé limite mes mouvements. Mon assaillant a l’air de s’en apercevoir. Il me fait accroupir pour le récupérer et le remonter. Il me pousse vers l’avant d’une nouvelle bourrade, jusqu’au parking. La voiture dans laquelle il me fait monter est sombre et petite et elle sent le chien mouillé. Je connais cette odeur, mais je ne parviens pas à l’associer.

Je m’affaisse sur le siège arrière. Lorsque la voiture recule brusquement, je roule entre les sièges, incapable de me relever. Puis, je tombe dans un trou noir.

Aujourd’hui, c’est le grand jour.

Je ne peux penser à rien d’autre pendant que j’enfile ma robe. Je n’ai pas eu l’impudence de la prendre blanche. C’est de la soie grège, une étoffe douce et délicate dont la nuance est parfaitement assortie à ma carnation. Il m’a fallu près d’une heure pour étaler mon fond de teint. Mes mains tremblent, mes genoux tremblent. Je dois m’asseoir pour appliquer correctement le mascara. J’aimerais que Mère soit là pour voir tout ça. Est-ce qu’elle serait fière de moi ? Est-ce que je suis le pur produit de son éducation ? Je crois que oui. J’ai appliqué ses principes à la lettre. Et aujourd’hui en signe l’apothéose.

Snow a réussi à se faufiler dans ma chambre bien que j’aie fermé la porte. Il frotte sa fourrure soyeuse contre mes jambes. Je le laisse faire pour profiter de la caresse. J’ai tellement envie d’être touchée que je pourrais crier. Je veux. Maintenant. Tout de suite.

Lorsque j’étais petite, j’étais la plus impatiente des petites filles. La plus avide de vivre, disait Paola en me donnant des biscuits que je grignotais en les faisant durer. Je n’ai jamais été capable de résister aux palets au beurre de Paola et attendre l’heure du goûter était une torture insupportable. Puis je n’ai plus été capable de résister à l’appel d’une cigarette, d’un verre de vin, d’un joint, d’un fix, d’une queue bien raide. J’ai eu une jeunesse heureuse, à ne résister à aucune de mes envies, sans me laisser emporter, submerger, effacer. Je les ai toujours tenues en laisse. Décidément, Mère pourrait être fière de moi.

J’enfile mes pantoufles de vair, des ballerines en agneau couleur crème, beaucoup plus pratiques que les escarpins que m’avait présentés la vendeuse. Je suis déjà bien assez grande, lui ai-je dit avec un petit rire de gorge. Elle a répondu de même. Le langage universel de la bourgeoisie tient dans quelques coups de glotte bien placés.

Je me lève avec précautions, contourne le tabouret de ma coiffeuse et me plante devant le miroir en pied de ma chambre. L’image que j’y vois me plaît. Mes cheveux, noués en un chignon lâche, couleur de miel et de soleil. Mon bronzage. Ma bouche rouge comme une balafre. La naissance de mes seins. Mes cuisses longues. Ma peau veloutée. Je jette un œil à la pendulette sur ma table de nuit. Il va s’écouler plusieurs heures avant que je ne revienne.

La frustration de l’attente et le plaisir de l’anticipation me tordent les tripes. Je me sens plus vivante à cet instant qu’à n’importe quel autre, seule dans mon immense chambre. Tout ce qui va arriver, je l’ai voulu, je l’ai choisi et l’idée me ferait presque défaillir. Je n’ai pas de doute.

Samedi 25 mai 2019, 23 heures

Une rafale tiède. Céleste Ibar descendit les quelques marches du Cinématographe et s’engagea sur le trottoir de la rue de Strasbourg en s’empêchant de boitiller. Les poings enfoncés dans les poches, elle allongea le pas, tourna à gauche dans la rue du Château. Un bruit de pas calqués sur les siens, derrière elle, la fit ralentir instinctivement. Une femme d’une vingtaine d’années portant de lourds anneaux d’or et des talons vertigineux la dépassa sans la regarder.

Une bourrasque s’engouffra dans les ruelles, faisant voler des papiers qui traînaient par terre. Quelques couinements de filles, sans doute des jupes qui s’étaient relevées. Des rires, des voix aiguës, des voix graves. C’était samedi soir et les terrasses des cafés qu’elle longeait étaient bondées de gens accompagnés. Les vitrines des magasins fermés lui renvoyaient l’image de joyeux groupes de filles et de garçons chahutant derrière elle. Sa solitude lui sauta à la gorge.

L’air était chargé, lourd, épais. L’orage promis n’allait sans doute pas tarder à s’abattre sur la ville. Un jeune homme avait escaladé la statue d’Anne de Bretagne et se dressait à califourchon sur ses épaules, chantant La Blanche Hermine d’une voix grave. Plusieurs tables reprirent le refrain à l’unisson tandis que Céleste s’éloignait en direction du parking.

Un couple qui se disputait la fit se retourner. Un éclair stria le ciel. Son téléphone vibra. « Bernier malade. Je prolonge ma garde jusqu’à demain matin ». De la joie d’être mariée avec un médecin. Céleste soupira. Une foule dense bloquait la rue devant un bistrot au son d’une musique électro. Juste des gens qui parlaient, riaient, buvaient un verre. Elle hésita un instant à s’y fondre, s’arrêter, puis renonça et fendit la foule en jouant des épaules. Le bruit l’assommait. Un autre éclair et, cette fois, le tonnerre qui surmontait le bruit de la musique.

Sur les marches qui descendaient vers le parking était assis un homme au dos rond. Céleste l’observa du coin de l’œil tandis qu’elle le dépassait. Le couple était toujours derrière elle, à bonne distance. Elle allongea le pas, priant pour que la pluie arrive.

Elle dépassa un autre homme, adossé à un arbre, qui observait les alentours. Il se redressa et fixa Céleste. Le poing refermé sur ses clés, elle essaya de repérer sa voiture au milieu du parking. Elle sentit malgré elle ses muscles se tendre, son corps s’équilibrer sur ses deux jambes. Une grosse goutte s’écrasa sur sa joue, juste sous son œil.

Comme elle s’était immobilisée, le couple s’était rapproché et elle entendit la femme vociférer. Elle lutta contre l’envie de se retourner. Son cœur se mit à battre à coups sourds dans sa poitrine. Le parking était désert à présent.

Le type sous son arbre recula dans l’ombre. Céleste repéra enfin sa vieille Porsche et se dirigea vers elle à grands pas. De grosses gouttes de pluie s’écrasaient sur les capots des voitures et sur les gravillons surchauffés. Ça sentait le chaud, le soleil, la pluie d’été et le cerveau de Céleste était tout entier occupé à interpréter les sons qui lui parvenaient. Épuisant. Est-ce que c’est un coup qu’elle venait d’entendre ? La pluie s’intensifiait, le tonnerre grondait. Elle savait que oui, se persuada que non. Une femme poussa un cri de rage. Une porte claqua. Pas encore. Si Céleste avait dû rentrer une clé dans la serrure de sa portière, elle aurait rayé la peinture. Elle regarda ses mains comme si ça pouvait arrêter le tremblement. La sécurité de la voiture se débloqua avec un petit bip et un battement de phares.

Un bruit plus fort que les autres retentit. Céleste se retourna alors qu’elle avait ouvert la portière de sa voiture. À trois emplacements de là, de l’autre côté de l’allée, une Renault Scénic tanguait sous la pluie. Le sang de Céleste ne fit qu’un tour.

Alors que ses tripes lui hurlaient de partir en courant, elle s’élança vers la voiture qui oscillait. Une douleur lui vrilla la cuisse, se diffusant dans toute la jambe.

Dans l’habitacle du monospace, un homme assis à la place du conducteur secouait comme un prunier une femme qui répliquait en battant des bras. La tête de la femme alla cogner la vitre derrière elle. Céleste entendait crier : « Pute, Pute, Pute ». De rage, sa vision se brouilla. Son cœur se serra. Elle n’entendit pas la réponse de la femme qui luttait bec et ongles. L’homme abattit son poing sur la cuisse de la passagère. Le sang battait fort aux tempes de Céleste, saisie d’un vertige si léger, si ténu, qu’elle n’eut pas à faire beaucoup d’efforts pour y résister. C’est ton métier. C’est ce que tu sais faire. Fais-le. Elle battit des paupières comme si ça pouvait chasser la pluie, serra les dents et donna un coup de poing sur la vitre.

Le conducteur suspendit son geste et pivota vers Céleste. Malgré l’eau qui dégoulinait sur les vitres, elle le distinguait parfaitement. La trentaine soignée, des cheveux brun coupés court, un visage tanné par le soleil, des sourcils épais et des yeux sépia injectés de sang. Un agriculteur ou un voileux. Quelqu’un qui passe du temps dehors. Joues creuses, mâchoires saillantes, lèvres pleines. Des bras musclés, des épaules larges, des cuisses épaisses. L’esprit de Céleste fonctionnait à toute vitesse, analysant la force en présence. Elle n’était guère consciente du processus, seul le résultat comptait. En un quart de seconde, elle devait décider si elle allait intervenir ou appeler du renfort.

Le menton pointé vers elle, dans un signe de défiance, l’homme cria, assez fort pour qu’elle l’entende par la vitre fermée : « Casse-toi ! » La femme cria.

Céleste avait le cœur battant. Voilà, c’est arrivé. Fuir ou combattre. Tu retrouves ta vie d’avant, pensa-t-elle. L’eau lui coulait dans le cou et elle sentait son dos se mouiller.

Elle saisit la poignée côté conducteur et ouvrit la portière en grand, plongea sa main à l’intérieur, agrippa l’homme par le col de sa chemise et le tira vers elle. Du tissu céda avec un bruit sec. Surpris, déstabilisé par la rapidité et la violence du geste, l’homme dut relâcher un peu sa prise sur les cheveux de sa passagère qui se recroquevilla contre sa portière sans un mot. Elle avait le visage rougi, son maquillage coulait. Un bleu apparaissait sur la pommette gauche.

L’homme tomba lourdement sur le sol trempé, et Céleste heurta de sa mauvaise hanche la voiture garée à côté. Sans lui laisser le temps de se ressaisir, luttant contre l’envie de lui balancer un coup de pied, elle le tira en arrière pour le forcer à se redresser. Elle étouffa un hurlement de douleur quand tout le poids de l’homme se trouva reporté sur sa propre cuisse et trébucha sous l’impact. Un instant, sa vue se brouilla. Changeant son appui, elle plaqua l’agresseur contre la voiture en serrant les dents. Elle devait se contrôler. Au moment où les menottes claquaient sur ses poignets, l’homme se mit à glapir « Arrête, je suis de la maison ». Céleste le retourna « Quoi ? » L’homme luttait pour reprendre son souffle-elle avait dû cogner assez fort, en fait.

— Je suis de la maison, reprit-il péniblement, Capitaine Joubert, Police judiciaire.

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